29.05.2005
2) Le vote non échape aux partis politiques
On se propose, dans ce chapitre, de corréler les résultats des trois référendums européens avec les scores des principales tendances politiques dans lesquelles se reconnaissent les Français en régime démocratique, observées lors des élections générales les plus proches de chacun de ces trois référendums.
2/1. Référendum de 1972 et élections législatives des 4 et 11 mars 1973 (1er tour)
Scores obtenus aux élections générales (premier tour) de mars 1973 par les principales forces politiques :
| Inscrits | 29,86 millions | |
| Exprimés | 23,72 millions | Abstention : 20,5% |
| Parti communiste | 5,06 millions | 21,3% exprim. |
| Extrême-gauche | 0,78 million | 3,3% exprim. |
| Socialistes + radic. De g. | 4,9 millions | 20,6% exprim. |
| Gaullistes | 5,76 millions | 23,9% exprim. |
| Libéraux et Indépendants | 3,35 millions | 14% exprim. |
| Démocrates-chrétiens | 3 millions | 12,5% exprim. |
| Droite et extrême-droite | 0,68 million | 2,9% exprim. |
La position des partis politiques (qui, selon l’analyse de Siegfried, expriment autant des attitudes sociologiques que des pétitions idéologiques), étaient les suivantes lors du referendum du 23 avril 1972 précédent :
- PC et extrême-gauche, partisans déclarés du Non,
- Socialistes et radicaux de gauche, modérément partisans du Oui,
- Gaullistes, partisans du Oui mais avec des réticences voire un rejet de l’Europe dans certains de leurs rangs,
- Libéraux, indépendants et démo-chrétiens, très favorables au Oui,
- Divers droite et extrême-droite, divisés entre partisans du Oui et du Non.
Le potentiel théorique du Non était donc 5,06 millions + 0,78 million + n suffrages inconnus venus d’autres formations. Or le résultat officiel du Non est de 5 millions, ce qui signifie que même les plus déterminés des Non n’ont pas fait le plein de cette opposition.
La même observation est valable à propos du Oui, dont le potentiel de départ était très élevé : Socialistes-radicaux de gauche + gaullistes + Libéraux et indépendants + démocrates-chrétiens donnent un nombre de Oui théorique de 17,4 millions. Or le score du Oui de 1972 fut seulement de 10,5 millions de votes.
La différence s’est retrouvée dans l’abstention massive à ce référendum – près de 40% -, par rapport à l’abstention des législatives de l’année suivante, 20%, soit une déperdition de 6 millions de suffrages que l’on retrouve dans l’abstention pure et simple pour 3,6 millions et dans le vote nul pour 2,1 millions (score considérable puisqu’il représenta plus de 12% des votants). Il y avait donc déjà en 1972 un " Non français " qui ne put s’exprimer par refus de " mêler ses voix à celles des communistes " mais une fois libéré de cette hypothèque, il dira clairement son opposition à la construction euro-bruxelloise.
2/2. Référendum de 1992 et législatives des 21 et 28 mars 1993 (1er tour)
Première observation, l’abstention est quasiment égale à chacun de ces deux scrutins, 30,3 % pour le referendum et 31% pour les législatives. Donc plus d’évasion de suffrages dans l’abstention. La comparaison en est facilitée et partant, plus solide.
Le bloc des voix des partisans les plus déterminés du Non en compétition aux législatives de 1993 se décompose comme suit :
| Extrême-gauche | 0,45 million | 1,78% exprim. |
| Parti communiste | 2,33 millions | 9,18% exprim. |
| Front national | 3,15 millions | 12,42% exprim. |
| TOTAL | 5,93 millions | 23,38% exprim. |
Or, le Non de 1992 a recueilli 12,62 millions de suffrages, soit 45,34% des exprimés, soit une différence de 6,7 millions. Ces suffrages viennent donc soit de la gauche radicale-socialiste, soit des partis conservateurs-libéraux. Mais dans quelle proportion ?
On peut raisonnablement estimer que la forte progression du NON est due principalement :
- à la perception de plus en plus claire des dangers d’une construction européenne (le MACHIN de Bruxelles) destructrice des identités nationales ;
-
A la mobilisation d’un électorat national qui s’était réfugié en 1972 dans l’abstention et le vote nul pour ne pas mêler ses voix aux communistes et parce qu’il n’y avait pas alors de formation nationale faisant campagne pour le NON.
Le Non de 1992 fut donc STRUCTURELLEMENT un NON DE DROITE, lui-même très marqué " à droite ". La thématique " nationale ", " souverainiste ", " rejet de la supranationalité " est bien le premier déterminant du vote anti-Europe de Bruxelles. On pouvait s’en douter à l’aune des prises de position des " élites mondialisées " de nos pays, la preuve en est faite en matière électorale.
Quelles que soient les hypothèses que l’on peut formuler, un constat s’impose : comme en 1972 mais avec une plus grande ampleur, le vote des Français échappe pour une large part à l’influence des partis politiques.
2/3. Référendum de 2005 et législatives des 9 et 16 juin 2002 (1er tour)
Il est également intéressant de comparer les résultats des élections législatives de 2002 et ceux du referendum du 29 mai 2005 sous le même prisme.
Pour ce qui est des " familles politiques ", comme dit le ministère de l’intérieur, en lice lors de ces élections, en voici les scores agglomérés :
| Extrême-gauche | 0,7 million | 2,7% exprim. |
| Parti communiste | 1,21 million | 4,8% exprim. |
| Socialistes-Rad de G.-Div/G. | 6,75 millions | 26,74% exprim. |
| Verts-écologistes-régionalistes | 1,8 million | 7,1% exprim. |
| UMP-UDF-DL-RPF-MPF-Div/D-CPNT | 11,57 millions | 45,83% exprim. |
| FN-MNR-Extrême-droite | 3,2 millions | 12,67% exprim. |
On notera entre ces scrutins une plus forte abstention aux législatives de 2002 qu’au référendum de 2005 : 35,58% contre 30,6% et 28,25 millions de suffrages exprimés au referendum contre 25,24 millions aux législatives. Il est vrai
que 3 années séparent le référendum du 29/05/2005 des législatives de juin 2002.
Avec une participation au référendum de 2005 sensiblement égale à celle de 1992, on constate une nouvelle progression du vote NON.
Cette progression du NON peut-elle transformer le NON structurellement de droite en un NON de gauche ?
L’examen des évolutions majeures de la période 1992-2005 par rapport à la période antérieure à 1992 et l’analyse des motivations des Français conduisent, au contraire, à conclure que le NON de 2005 est majoritairement un NON national.
00:05 Publié dans Analyse du NON français | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, non, construction européenne, maastricht, 29 mai 2005, mondialisation
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